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 La nature des rites

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Yehonatan33000
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MessageSujet: La nature des rites   Sam 30 Juin 2012 - 12:46

Nous arrivons maintenant aux cérémonies essentielles et directement efficaces.

Elles comprennent d'ordinaire à la fois des rites manuels et des rites oraux.
En dehors de cette grande division, nous ne tentons pas une classification des rites magiques. Nous constituons simplement, pour les besoins de notre exposition, un certain nombre de groupes de rites, entre lesquels il n'y a pas de distinction bien tranchée.

Les rites manuel :

Dans l'état actuel de la science des religions, le groupe des rites
sympathiques ou symboliques est le premier qui se présente comme ayant plus particulièrement
un caractère magique. Leur théorie a été suffisamment faite et des répertoires assez
considérables en ont été dressés, pour que nous soyons dispensés d'y insister. A la lecture de
ces répertoires, on pourra peut-être penser que le nombre des rites symboliques est théoriquement
indéfini et que tout acte symbolique est, par nature, efficace. Nous pensons, au contraire,
sans cependant pouvoir en apporter la preuve, que, pour une magie donnée, le nombre
des rites symboliques, prescrits et exécutés, est toujours limité. Nous croyons, en outre, qu'ils
ne sont exécutés que parce qu'ils sont prescrits et non parce qu'ils sont logiquement
réalisables. En face de l'infinité des symbolismes possibles, même des symbolismes observés
dans l'ensemble de l'humanité, le nombre de ceux qui sont valables pour une magie est
singulièrement petit..

Nous pourrions dire qu'il y a toujours des codes limitatifs de symbolismes, si nous trouvions en réalité des catalogues de rites sympathiques ; ces catalogues, il est naturel que nous n'en ayons pas, car les magiciens n'ont eu besoin de classer les rites que
par objets et non par procédés.

lismes, si nous trouvions en réalité des catalogues de rites sympathiques ; ces catalogues, il
est naturel que nous n'en ayons pas, car les magiciens n'ont eu besoin de classer les rites que
par objets et non par procédés.
Nous ajouterons que, si le procédé sympathique est d'un emploi général dans toutes les
magies et dans toute l'humanité, s'il y a même de véritables rites sympathiques, les magiciens
n'ont pas, en général, librement spéculé sur la sympathie, ils se sont moins préoccupés du
mécanisme de leurs rites que de la tradition qui les transmet et de leur caractère formel ou
exceptionnel.

En conséquence, ces pratiques nous apparaissent, non pas comme des gestes mécaniquement
efficaces, mais comme des actes solennels et de véritables rites. En fait, des rituels
qui nous sont connus, hindous, américains ou grecs, il nous serait fort difficile d'extraire une
liste des rites sympathiques purs. Les variations sur le thème de la sympathie sont si nombreuses
que celui-ci en est comme obscurci.

Mais il n'y a pas que des rites sympathiques en magie. Il y a d'abord toute une classe de
rites qui équivalent aux rites de la sacralisation et de la désacralisation religieuses. Le
système des purifications est si important que la çânti hindoue, l'expiation, semble avoir été
une spécialité des brahmanes de l'Atharva Veda et que le mot de [...], en Grèce, a fini par
désigner le rite magique en général. Ces purifications sont faites avec des fumigations, des
bains de vapeur, des passages au feu, à l'eau, etc. Une bonne partie des rites curatifs et des
rites conjuratoires sont faits de pareilles pratiques.

Il y a ensuite des rites sacrificiels. Il y en a dans la [...], dont nous parlons plus haut, et
dans l'envoûtement hindou. Dans les textes atharvaniques, outre les sacrifices obligatoires de
préparation, la plus grande partie des rites sont des sacrifices ou en impliquent : ainsi,
l'incantation des flèches se fait sur un bûcher de bois de flèches, qui est sacrificiel ; dans tout
ce rituel, une part de tout ce qui est consommé est nécessairement sacrifiée. Dans les textes
grecs, les indications de sacrifices sont tout au moins fréquentes. L'image du sacrifice s'est
même imposée au point de devenir en magie une image directrice, suivant laquelle s'ordonne
dans la pensée l'ensemble des opérations ; ainsi, dans les livres alchimiques grecs, nous
trouvons, à plusieurs reprises, la transmutation du cuivre en or expliquée par une allégorie
sacrificielle. Le thème du sacrifice et, en particulier, du sacrifice d'enfant, est commun dans
ce que nous savons de la magie antique et de celle du moyen âge ; on en rencontre des
exemples un peu partout ; toutefois ils nous viennent plutôt du mythe que de la pratique
magique. Nous considérons tous ces rites comme des sacrifices, parce qu'en fait ils nous sont
donnés comme tels ; les vocabulaires ne les distinguent pas du sacrifice religieux pas plus
qu'ils ne distinguent les purifications magiques des purifications religieuses. D'ailleurs, ils
produisent les mêmes effets que les sacrifices religieux, ils dégagent des influences, des
puissances et ce sont des moyens de communiquer avec celles-ci. Dans la [...], le dieu est
vraiment présent à la cérémonie. Les textes nous apprennent aussi que, dans ces rites
magiques, les matières traitées se trouvent réellement transformées et divinisées. On lit dans
une incantation qui ne nous paraît pas d'ailleurs avoir subi une influence chrétienne.

Il y a donc des sacrifices dans la magie, mais nous n'en trouvons pas dans toutes les
magies ; ainsi, chez les Cherokees ou en Australie, ils font défaut. En Malaisie, ils sont très
réduits : les offrandes d'encens et de fleurs y sont probablement d'origine bouddhique ou
hindouiste, et les sacrifices, très rares, de chèvres et de coqs semblent souvent d'origine
musulmane. En principe, là où manque le sacrifice magique, le sacrifice religieux manque
également. En tout cas, l'étude spéciale du sacrifice magique n'est pas aussi nécessaire à
l'étude de la magie que celle du rite sympathique et nous la réservons pour un autre travail,
où nous comparerons spécialement le rite magique au rite religieux. Toutefois, on peut déjà
poser en thèse générale que les sacrifices ne forment pas, dans la magie, comme dans la
religion, une classe bien fermée de rites très spécialisés. D'une part, comme dans l'exemple
cité plus haut du sacrifice de bois de flèches et, par définition, dans tous les cas de sacrifices
expiatoires magiques, ils ne font qu'envelopper le rite sympathique, dont ils sont alors, à
proprement parler, la forme. D'autre part, ils touchent à la cuisine magique. Ils ne sont plus
qu'une manière entre mille de la faire. Ainsi, dans la magie grecque, la confection des [...] ne
se distingue pas des sacrifices ; les papyrus donnent aux mélanges magiques destinés aux
fumigations ou à tout autre chose le nom.

Nous nous trouvons ici en présence d'une grande classe de pratiques mal définies qui
tiennent, dans la magie et dans ses doctrinaux, une énorme place ; car elles confinent à
l'emploi des substances dont les vertus doivent être transmises par contact ; en d'autres
termes, elles fournissent le moyen d'utiliser les associations sympathiques ou d'utiliser
sympathiquement les choses. Comme elles sont aussi étranges qu'elles sont générales, elles
colorent de leur bizarrerie tout l'ensemble de la magie et fournissent un des traits essentiels
de son image populaire. L'autel du magicien, c'est son chaudron magique. La magie est un art
d'accommoder, de préparer des mélanges, des fermentations et des mets. Ses produits sont
triturés, broyés, malaxés, dilués, transformés en parfums, en boissons, en infusions, en pâtes,
en gâteaux à formes spéciales, en images, pour être fumigés, bus, mangés ou gardés comme
amulettes. Cette cuisine, chimie ou pharmacie, n'a pas seulement pour objet de rendre
utilisables les choses magiques, elle sert à leur donner la forme rituelle, qui fait partie, et non
la moindre, de leur efficacité. Elle est elle-même rituelle, très formelle et traditionnelle ; les
actes qu'elle comporte sont des rites. Ces rites ne doivent pas être rangés indifféremment
parmi les rites préparatoires ou concomitants d'une cérémonie magique. La préparation des
matières et la confection des produits est l'objet principal et central de cérémonies complètes,
avec rites d'entrée et rites de sortie. Ce qu'est au sacrifice l'accommodation de la victime,
cette cuisine l'est au rite magique. C'est un moment du rite.

Cet art d'accommoder les choses est compliqué d'autres industries. La magie prépare
des images, faites de pâte, d'argile, de cire, de miel, de plâtre, de métal ou de papier mâché,
de papyrus ou de parchemin, de sable ou de bois, etc. La magie sculpte, modèle, peint,
dessine, brode, tricote, tisse, grave ; elle fait de la bijouterie, de la marqueterie, et nous ne
savons combien d'autres choses. Ces divers métiers lui procurent ses figurines de dieux ou de
démons, ses poupées d'envoûtement, ses symboles. Elle fabrique des gris-gris, des scapulaires,
des talismans, des amulettes, tous objets qui ne doivent être considérés que comme des
rites continués.

Les rites oraux :

On désigne d'ordinaire les rites oraux magiques sous le nom générique
d'incantations, et nous ne voyons pas de raison pour ne pas suivre méthodiquement
l'usage. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait qu'une seule espèce de rites oraux en magie.
Bien loin de là, le système de l'incantation a une telle importance dans la magie qu'il est,
dans certaines magies, extrêmement différencié. Il ne semble pas qu'on lui ait jamais fait la
part exacte qui lui revient. A lire certains répertoires modernes, on pourrait croire que la
magie ne se compose que de rites manuels ; les rites oraux n'y sont mentionnés que pour
mémoire et disparaissent dans la longue énumération du reste. D'autres recueils au contraire,
comme celui de Löunrot, pour la magie finnoise, ne contiennent que des incantations. Il est
rare qu'on nous donne une idée suffisante de l'équilibre des deux grandes classes de rites,
comme l'ont fait Skeat pour la magie malaise, ou Mooney pour celle des Cherokees. Les
rituels ou les livres de magiciens montrent que d'ordinaire les uns ne vont pas sans les autres.

Ils sont si intimement associés que, pour donner une idée exacte des cérémonies magiques, ilfaudrait les étudier concurremment.
Si l'une des deux classes tendait à prédominer, ce seraitplutôt celle des incantations. Il est douteux qu'il y ait eu de véritables rites muets, tandis qu'ilest certain qu'un très grand nombre de rites ont été exclusivement oraux.

Nous trouvons dans la magie à peu près toutes les formes de rites oraux que nous connaissons
dans la religion : serments, voeux, souhaits, prières, hymnes, interjections, simples formules.
Mais, pas plus que nous n'avons essayé de classer les rites manuels, nous n'essayerons
de classer sous ces rubriques les rites oraux.

Elles ne correspondent pas ici à des groupes de faits bien définis. Le chaos de la magie fait que la forme des rites ne répond pas
exactement à leur objet. Il y a des disproportions qui nous étonnent ; nous voyons des hymnes de la plus haute envolée associées aux fins les plus mesquines.

Il existe un groupe d'incantations qui correspond à ce que nous avons appelé les rites
sympathiques.
Les unes agissent elles-mêmes sympathiquement. Il s'agit de nommer les
actes ou les choses et de les susciter ainsi par sympathie.
Dans un charme médical ou dans un exorcisme, on jouera sur les mots qui signifient écarter, rejeter, ou bien sur ceux qui
désignent la maladie ou le démon, cause du mal.
Les calembours et les onomatopées comptent parmi les moyens employés pour combattre verbalement, par sympathie, la maladie.

Un autre procédé, qui donne lieu à une sorte de classe d'incantations sympathiques, est la description même du rite manuel correspondant : [...] (Théocrite, II, 21). Il semble qu'on ait supposé souvent que la description, ou la mention de l'acte, suffisent et à le produire et à produire son effet.

De même que la magie contient des sacrifices, elles contient aussi des prières, des hymnes, et tout particulièrement des prières aux dieux. Voici une prière védique prononcée au cours d'un simple rite sympathique contre l'hydropisie (Kauçika sûtra 25, 37 sq.) : « Cet
Asura règne sur les dieux ; certes, la volonté du roi Varuna est vérité (se réalise immanquablement)
; de ceci (de cette maladie) moi qui excelle de toutes parts par mon charme, de la colère du terrible (dieu), je retire cet homme. Qu'honneur te soit (rendu) ô roi Varuna, à ta colère ; car, ô terrible, toute tromperie, tu la connais. Mille autres hommes, je te les
abandonne ensemble ; que, par ta bonté (?), il vive cent automnes cet homme », etc. Varuna, dieu des eaux, qui sanctionne les fautes par l'hydropisie, est imploré naturellement au cours de cet hymne (Atharva Veda, I, 10), ou plus exactement de cette formule (brahman, vers 4). Dans les prières à Artémis et au soleil qu'on a relevées dans les papyrus magiques grecs, la belle teneur lyrique de l'invocation est dénaturée et étouffée par l'intrusion de tout le fatras magique. Les prières et les hymnes qui rappellent de si près, pour peu qu'on les dépouille de cet appareil insolite, celles que nous sommes habitués à considérer comme religieuses, proviennent souvent de rituels religieux, en particulier de rituels abolis ou étrangers. Ainsi, M. Dieterich vient d'extraire du grand papyrus de Paris tout un morceau de liturgie mithriaque. De même les textes sacrés, choses religieuses, peuvent devenir à l'occasion choses magiques. Les livres saints, Bible, Coran, Vedas, Tripitakas, ont fourni d'incantations une bonne partie de l'humanité. Que le système des rites oraux à caractère religieux se soit étendu à ce point dans les magies modernes, nous ne devons pas nous en étonner ; ce fait est corrélatif à l'extension de ce système dans la pratique de la religion, de même que l'application magique du mécanisme sacrificiel est corrélative à son application religieuse. Il
n'y a pour une société donnée qu'un nombre limité de formes rituelles qui soient concevables.

Ce que les rites manuels ne font pas normalement dans la magie, c'est de retracer des
mythes. Mais, par contre, nous avons un troisième groupe de rites verbaux, que nous
appellerons incantations mythiques. De ces incantations, il y a une première sorte qui consiste
à décrire une opération semblable à celle qu'on veut produire. Cette description a la
forme d'un conte ou d'un récit épique et les personnages en sont héroïques ou divins.

On assimile le cas présent au cas décrit comme à un prototype, et le raisonnement prend la forme
suivante : Si un tel (dieu, saint ou héros) a pu faire telle ou telle chose (souvent plus difficile),
dans telle circonstance, de même, ou à plus forte raison, peut-il faire la même chose
dans le cas présent, qui est analogue. Une deuxième classe de ces charmes mythiques est
formée par ce qu'on a appelé les rites d'origine ; ceux-ci décrivent la genèse, énumèrent les
qualités et les noms de l'être, de la chose ou du démon visé par le rite ; c'est une sorte de
dénonciation qui dévoile l'objet du charme ; le magicien lui intente un procès magique, établit
son identité, le traque, le force, le rend passif et lui intime des ordres.

Toutes ces incantations sont capables d'atteindre des dimensions considérables. Il est
plus fréquent encore qu'elles se rétrécissent ; le balbutiement d'une onomatopée, d'un mot qui
indique l'objet du rite, du nom de la personne désignée fait à la rigueur après que le rite oral
n'ait plus qu'une action toute mécanique. Les prières se réduisent aisément à la simple
mention d'un nom divin ou démoniaque, ou d'un mot religieux presque vide, comme le
trisagion ou le qodesch, etc. Les charmes mythiques finissent par se borner à la simple
énonciation d'un nom propre ou d'un nom commun. Les noms eux-mêmes se décomposent ;
on les remplace par des lettres : le trisagion par sa lettre initiale, les noms des planètes par les
voyelles correspondantes ; on en arrive ainsi aux énigmes que sont les [...] ou aux fausses
formules algébriques, auxquelles ont abouti les résumés d'opérations alchimiques.
Si tous ces rites oraux tendent vers les mêmes formes, c'est qu'ils ont tous la même
fonction. Ils ont tout au moins pour effet d'évoquer une puissance et de spécialiser un rite.
On invoque, on appelle, on rend présente la force spirituelle qui doit faire le rite efficace, ou tout
au moins, on éprouve le besoin de dire sur quelle puissance on compte ; c'est le cas des exorcismes
faits au nom de tel ou tel dieu ; on atteste une autorité, c'est le cas des charmes
mythiques. D'autre part, on dit à quoi sert le rite manuel, et pour qui il est fait ; on inscrit ou
on prononce sur les poupées d'envoûtement le nom de l'enchanté ; en cueillant certaines
plantes médicinales, il faut dire à quoi et à qui on les destine. Ainsi, le charme oral précise,
complète le rite manuel qu'il peut supplanter. Tout geste rituel, d'ailleurs, comporte une
phrase; car il y a toujours un minimum de représentation, dans lequel la nature et la fin du
rite sont exprimées, tout au moins dans un langage intérieur.

C'est pourquoi nous disons qu'il n'y a pas de véritable rite muet, parce que le silence apparent n'empêche pas cette incantation
sous-entendue qu'est la conscience du désir.
De ce point de vue, le rite manuel n'est pas autre chose que la traduction de cette incantation muette ; le geste est un signe et un langage.
Paroles et actes s'équivalent absolument et c'est pourquoi nous voyons que des énoncés de
rites manuels nous sont présentés comme des incantations, Sans acte physique formel, par sa
voix, son souffle, ou même par son désir, un magicien crée, annihile, dirige, chasse, fait
toutes choses; Le fait que toute incantation soit une formule et que tout rite manuel ait virtuellement
une formule, démontre déjà le caractère formaliste de toute la magie. Pour les incantations,
personne n'a jamais mis en doute qu'elles fussent des rites, étant traditionnelles, formelles et
revêtues d'une efficacité sui generis ; on n'a jamais conçu que des mots aient produit physiquement
les effets désirés. Pour les rites manuels, le fait est moins évident ; car il y a une
correspondance plus étroite, quelquefois logique, quelquefois même expérimentale, entre le
rite et l'effet désiré ; il est certain que les bains de vapeur, les frictions magiques ont réellement
soulagé des malades. Mais, en réalité, les deux séries de rites ont bien les mêmes
caractères et prêtent aux mêmes observations, Toutes deux se passent dans un monde
anormal.
Les incantations sont faites dans un langage spécial qui est le langage des dieux, des
esprits, de la magie. Les deux faits de ce genre dont la grandeur est peut-être la plus
frappante, c'est l'emploi en Malaisie du bhàsahantu (langue des esprits) et chez les Eskimos
de la langue des angekoks. Pour la Grèce, Jamblique nous dit que les [...] sont là langue des
dieux, La magie a parlé sanscrit dans l'Inde des pracrits, égyptien et hébreu dans le monda
grec, grec dans le monde latin, et latin chez nous, Partout elle recherche l'archaïsme, les
termes étranges, incompréhensibles. Dès sa naissance, comme on le voit en Australie où
nous y assistons peut-être, on la trouve marmonnant son abracadabra.
L'étrangeté et la bizarrerie dos rites manuels correspondent aux énigmes et aux
balbutiements des rites oraux. Loin d'être une simple expression de l'émotion individuelle, la
magie contraint à chaque instant les gestes et les locutions. Tout y est fixé et très exactement
déterminé. Elle impose des mètres et des mélopées. Les formules magiques doivent être
susurrées ou chantées sur un ton, sur un rythme spécial, Nous voyons dans le Çatapatha
brâhmana comme dans Origène que l'intonation peut avoir plus d'importance que le mot. Le
geste n'est pas réglementé avec moins de précision. Le magicien le rythme comme une danse
: le rituel lui dit de quelle main, de quel doigt il doit agir, quel pied il doit avancer; quand il
doit s'asseoir, se lever, se coucher, sauter, crier, dans quel sens il doit marcher. Fût-il seul
avec lui-même, il n'est pas plus libre que le prêtre à l'autel. En outre, il y a des canons généraux
qui sont communs aux rites manuels et aux rites oraux : ce sont ceux de nombre et
d'orientation. Gestes et paroles doivent être répétés une certaine quantité de fois. Cep,
nombres ne sont pas quelconques, ce sont ceux qu'on appelle des nombres magiques ou des
nombres sacrés : 3, 4, 5, 7, 9, 11, 13, 20, etc. D'autre part, les mots ou les actes doivent être
prononcés ou exécutés la face tournée vers l'un des points cardinaux, le minimum
d'orientation prescrit étant la direction de l'enchanteur vers l'objet enchanté. En somme, les
rites magiques sont extraordinairement formels et tendent, Don pas à la simplicité du geste
laïque, mais au raffinement le plus extrême de la préciosité mystique.
Les plus simples des rites magiques ont une forme à l'égal de ceux qui sont l'objet du
plus grand nombre de déterminations. Nous avons jusqu'ici parlé de la magie comme si elle
ne consistait qu'en actes positifs, Mais elle contient aussi des rites négatifs, qui sont
précisément les rites très simples dont nous parlons. Nous les avons déjà rencontrés clans
l'énumération des préparatifs de la cérémonie magique, quand nous avons mentionné les
abstinences auxquelles se prêtaient le magicien et l'intéressé. Mais ces rites sont également
recommandés ou pratiqués isolément. Ce sont eux qui constituent la grande masse des faits
qu'on appelle superstitions. Ils consistent surtout à ne pas faire une certaine chose, pour
éviter un certain effet magique. Or, ces rites sont non seulement formels, mais ils le sont au
suprême degré puisqu'ils se présentent avec un caractère impératif presque parfait. L'espèce
d'obligation qui s'y attache montre qu'ils sont l’oeuvre de forces sociales, encore mieux que
nous n'avons pu le faire pour les autres à l'aide de leur caractère traditionnel, anormal,
formaliste. Mais sur cette question importante du tabou sympathique, de la magie négative,
comme nous proposons de l'appeler, nous sommes trop peu éclairés par nos devanciers et par
nos propres recherches, pour nous croire en mesure de faire autre chose que de signaler un
sujet d'études. Pour le moment, nous ne voyons dans ces faits qu'une preuve de plus que cet
élément de la magie, qui est le rite, est l'objet d'une prédétermination collective.
Quant aux rites positifs, nous avons vu comment ils étaient limités, pour chaque magie,
quant à leur nombre. Celui de leurs compositions, où entrent, mélangés, incantations, rites
négatifs, sacrifices, rites culinaires, etc., n'est pas non plus illimité. Il tend à s'établir des
complexus stables en assez petit nombre, que nous pourrions appeler des types de cérémonies,
tout à fait comparables soit aux types d'outils, soit à ce qu'on appelle des types quand
on parle d'art. Il y a un choix, une sélection entre les formes possibles faites par chaque
magie ; une fois établis, on retrouve sans cesse ces mêmes complexus démarqués et servant à
toutes fins, en dépit de la logique de leur composition. Telles sont les variations sur le thème
de l'évocation de la sorcière par le moyen des choses enchantées par elle ; quand il s'agissait
de lait qui ne donnait plus de beurre, on poignardait le lait dans la baratte, mais on a continué
à frapper le lait pour conjurer de tous autres maléfices. Nous avons là un type de cérémonie
magique ; ce n'est pas d'ailleurs le seul qu'ait fourni le même thème. On cite également des
envoûtements à deux et à trois poupées qui ne se justifient que par une semblable prolifération.
Ces faits, par leur persistance et par leur formalisme, sont comparables aux fêtes
religieuses.
D'autre part, de la même façon que les arts et les techniques ont des types ethniques ou
plus exactement nationaux, de la même façon, on pourrait dire que chaque magie a son type
propre, reconnaissable, caractérisé par la prédominance de certains rites : l'emploi des os de
morts dans les envoûtements australiens, des fumigations de tabac dans les magies américaines,
des bénédictions et des credo, musulmans ou juifs, dans les magies influencées par le
judaïsme ou l'islamisme. Seuls les Malais semblent connaître comme rite le curieux thème de
l'assemblée.
S'il y a spécification des formes de la magie suivant les sociétés, il y a, à l'intérieur de
chaque magie, ou, à un autre point de vue, à l'intérieur de chacun des grands groupes de rites
que nous avons décrits à part, des variétés dominantes. La sélection des types est, en partie,
l'oeuvre de magiciens spécialisés qui appliquent un seul rite ou un petit nombre de rites à
l'ensemble des cas pour lesquels ils sont qualifiés. Chaque magicien est l'homme d'une
recette, d'un instrument, d'un sac médecine, dont il use fatalement à tout propos. C'est plus
souvent suivant les rites qu'ils pratiquent que suivant les pouvoirs qu'ils possèdent, que les
magiciens sont spécialisés. Ajoutons que ceux que nous avons appelés les magiciens
occasionnels connaissent encore moins de rites que les magiciens proprement dits et sont
tentés de les reproduire sans fin. C'est ainsi que les recettes appliquées indéfiniment sans
rime ni raison deviennent parfaitement inintelligibles. Nous voyons donc encore une fois
combien la forme tend à prédominer sur le fond.
Mais ce que nous venons de dire sur la formation de variétés dans les rites magiques ne
prouve pas qu'ils soient en fait classables. Outre qu'il reste une foule de rites flottants, la
naissance de variétés dans cette masse amorphe est tout à fait accidentelle et ne correspond
pas à une diversité réelle de fonctions ; il n'y a rien, dans la magie, qui soit proprement
comparable aux institutions religieuses.
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